lundi 12 septembre 2011

Torrassa, calle Llanca.



      J’ai quitté Torrassa aujourd’hui.  Cela fait une semaine que je vis à Barcelone, calle Llanca.  J’ai vu déambuler sous mes yeux la facette d'une ville que les touristes  soupçonnent à peine. Torrassa c’est le quartier des émigrés d’Amérique du sud.  On y parle un espagnol suave,  qui coule dans la gorge comme une liqueur.  C’est une langue faite de sucre, d’huile  et de soleil que l’on entend sur les trottoirs  sales à l’odeur d’urine, de  poubelles  et de Marie-Jeanne. Le catalan n'y existe presque pas.  On y mange un riz parfumé aux épices d’Inde tout en écoutant du merengue et de la bachata  On peut voir, dans le parc aux oiseaux, des enfants se promener avec des perruches sur l’épaule.  Torrassa c’est le Barbès de Barcelone. Ce n’est pas la misère mais la vie y est dure. Le chômage et le racisme sont à chaque coin de rue. J’ai vécu dans une sorte d’appartement communautaire, partagé par deux familles d’équatoriens, une bolivienne et un colombien de mon âge. Ce sont des gens très accueillants, très croyants également.  Je me suis endormi chaque nuit à la belle étoile dans le patio de l'appartement, veillé par le bruissement du linge qui sèche et s’étale largement sur les fenêtres de l’immeuble, tel des voiles se décrochant de leurs navires.








jeudi 21 juillet 2011

Été 2011

Étages effondrés d'un capuccino sans musique, en plein dans le jus. Mousse de lait montée à la va-vite aux glaçons. Précipitation puis inévitable tâche de lait cuivrée sur le zinc,  qu'il faudra mater  au brillant breton, sous le regard agacé d'un taulier descendant de bougnat. C'est à la belle étoile seulement,  lorsque les derniers clients, ivres d'un mauvais vin, seront partis cuver leurs vies hasardeuses chez la vieille d'en haut, celle qui fait des garçons de café son affaire, que je m'en irai. Le limonadier dans la poche et le portefeuille qui baille ses billets.  Mais en attendant, à l'heure ou je ne chasse plus ni les souris  ni les cafards car ils sont  mes plus honnêtes et fidèles compagnons, je balaie les pavés  incrustés de mégots. Je songe au moment ou la dynamo de la bicyclette  éclairera, au rythme de ma course endiablée, les trottoirs de Convention jusqu'à Barcelone.

mercredi 22 juin 2011

La fête de la musique.


     Mois de juin et il fait froid. Le limonadier bien au fond de la poche du borsalino réglementaire, j'observe avec complicité la valse des loufiats du Napoléon. Noble Saint-Germain-des-Près, la poésie y agonise, étouffée par les marchands du temple. Il n'y a malheureusement plus personne pour leur enseigner la danse du bâton. Seul un air de jazz, qui se fraye, tremblant, un chemin à travers les fines gouttes de pluies, rappelle à mon souvenir qu'il faut fêter la musique et la vie. Alors, pour un instant seulement, j'oublie le froid, la pluie, les marchands du temple et ce pauvre limonadier  chargé d'histoires qui encombrent ma mémoire.

mercredi 8 juin 2011

Mon grand-père à la maison de retraite de Picpus.

           Cette photo est simple comme son sujet, mon grand-père. C'est une photographie sentimentale certainement mais j'aime la sérénité et le bonheur qui se dégagent de son visage. Il est heureux, c'est pas simple d'être heureux. Réussir à capturer ce bonheur fugitif et cette sérénité si rare c'est, il me semble,  l'un des objectifs principaux de la photographie.



Rhamid Mouas, le gars qui a le smile.