Il existe une manière de vivre le monde que j’aime profondément. Elle est inhérente à toutes choses. Belle et mystérieuse, mélancolique, elle m’aide à encaisser le spectacle souvent décevant que m’offre mon époque. Je n’ai pas à me plaindre de ma condition. Je ne souffre ni de la faim, ni du froid, ni de la solitude mais je me réfugie dans la poésie comme un vagabond court se réfugier sous un pont lorsque l’orage éclate. Je m’accroche à la plume, à la voix des poètes comme un mourant s’accroche à la vie. Essayer de comprendre la poésie c’est empoigner l'amour à deux mains mais aussi refuser de se laisser embarquer, emprunter un chemin de fortune autre que celui que notre société malade nous impose. Accueillir la poésie à bras-ouverts c’est avoir le courage de larguer les amarres sans pour autant fuir. C’est cette manière d’être libre et d'aimer que Serge Reggiani porte dans ses chansons.
vendredi 7 octobre 2011
jeudi 6 octobre 2011
La statue du parc Güell.
A peine 18 ans et tu domines déjà la foule immonde José. Autour de ton imagination s’agitent les touristes, les marchands, les voleurs et les oiseaux du parc Güell. Tout d’or vêtu tu ne dis mot. Tu regardes simplement, immobile. J’imagine que tu songes au pays, à la vie et que ton corps engourdi est plein de prières.
dimanche 25 septembre 2011
Le déterminisme social.
Regarder un homme couché en fœtus dans le caniveau droit dans les yeux,
Voir sa fierté trembler,
Voir son honneur d’homme vaciller dans l’iris de ses yeux épuisés,
Sans lui tendre la main.
Continuer à rire, à festoyer, à songer à ses amours, à ses amis.
Car cet homme ne compte pas.
Il ne rit pas, ne songe pas à ses amours et à ses amis.
On saura qu’il est mort lorsque l’odeur de la pourriture sera trop forte.
Et on dira à la fac, entre deux cours d’humanités « tu te souviens du mendiant Plaça Catalunya ?
Il est mort aujourd’hui , seul, recroquevillé dans un couloir du métro, comme un enfant qui a peur du noir. C’est terrible le déterminisme social, terrible.. »
Le déterminisme social c’est ma main que je n’ai pas tendue mille fois.
Voir sa fierté trembler,
Voir son honneur d’homme vaciller dans l’iris de ses yeux épuisés,
Sans lui tendre la main.
Continuer à rire, à festoyer, à songer à ses amours, à ses amis.
Car cet homme ne compte pas.
Il ne rit pas, ne songe pas à ses amours et à ses amis.
On saura qu’il est mort lorsque l’odeur de la pourriture sera trop forte.
Et on dira à la fac, entre deux cours d’humanités « tu te souviens du mendiant Plaça Catalunya ?
Il est mort aujourd’hui , seul, recroquevillé dans un couloir du métro, comme un enfant qui a peur du noir. C’est terrible le déterminisme social, terrible.. »
Le déterminisme social c’est ma main que je n’ai pas tendue mille fois.
samedi 24 septembre 2011
Carrer d'en Robador.
J’ai voyagé Carrer d’en Robador aujourd’hui.
Manille,
Hong-Kong,
Ouagadougou,
Buenos Aires,
Mexico.J’ai vu les fleurs du mal passer, les rastafaris, les gothiques, les étudiants pressés.
Les géants de papiers qui dansent pour les enfants et pour la Mercé.
Et puis toujours ce même linge aux fenêtres,
Qui n’en finit pas de s’étaler, sans jamais s’envoler.
A l’image des immigrés de Barcelone.
A l’image des corps dénudés d’Afrique et d’Asie qui jonchent les rues nauséabondes.
Ici tout le monde se parle mais personne ne s’écoute.
Ici, on se fréquente mais on ne se connaît pas.
Barcelone, ville ouverte sur l’Europe et sur la misère.
Paris n’est pas si loin.
lundi 12 septembre 2011
Torrassa, calle Llanca.
J’ai quitté Torrassa aujourd’hui. Cela fait une semaine que je vis à Barcelone, calle Llanca. J’ai vu déambuler sous mes yeux la facette d'une ville que les touristes soupçonnent à peine. Torrassa c’est le quartier des émigrés d’Amérique du sud. On y parle un espagnol suave, qui coule dans la gorge comme une liqueur. C’est une langue faite de sucre, d’huile et de soleil que l’on entend sur les trottoirs sales à l’odeur d’urine, de poubelles et de Marie-Jeanne. Le catalan n'y existe presque pas. On y mange un riz parfumé aux épices d’Inde tout en écoutant du merengue et de la bachata On peut voir, dans le parc aux oiseaux, des enfants se promener avec des perruches sur l’épaule. Torrassa c’est le Barbès de Barcelone. Ce n’est pas la misère mais la vie y est dure. Le chômage et le racisme sont à chaque coin de rue. J’ai vécu dans une sorte d’appartement communautaire, partagé par deux familles d’équatoriens, une bolivienne et un colombien de mon âge. Ce sont des gens très accueillants, très croyants également. Je me suis endormi chaque nuit à la belle étoile dans le patio de l'appartement, veillé par le bruissement du linge qui sèche et s’étale largement sur les fenêtres de l’immeuble, tel des voiles se décrochant de leurs navires.
jeudi 21 juillet 2011
Été 2011
Étages effondrés d'un capuccino sans musique, en plein dans le jus. Mousse de lait montée à la va-vite aux glaçons. Précipitation puis inévitable tâche de lait cuivrée sur le zinc, qu'il faudra mater au brillant breton, sous le regard agacé d'un taulier descendant de bougnat. C'est à la belle étoile seulement, lorsque les derniers clients, ivres d'un mauvais vin, seront partis cuver leurs vies hasardeuses chez la vieille d'en haut, celle qui fait des garçons de café son affaire, que je m'en irai. Le limonadier dans la poche et le portefeuille qui baille ses billets. Mais en attendant, à l'heure ou je ne chasse plus ni les souris ni les cafards car ils sont mes plus honnêtes et fidèles compagnons, je balaie les pavés incrustés de mégots. Je songe au moment ou la dynamo de la bicyclette éclairera, au rythme de ma course endiablée, les trottoirs de Convention jusqu'à Barcelone.
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